Abstrait Concret à Singapour

ABSTRAIT CONCRET À SINGAPOUR

Visiter un musée de peintures à Singapour permet de s’affranchir des poncifs qui nous attendent quand on se balade dans une expo en Europe. Gauguin a beau être célèbre, vous savez parfaitement à quoi vous attendre avant d’y entrer (ah non, la grosse nouveauté, c’est de le boycotter comme fauve pédophile amateur de fillettes à la généreuse poitrine colorée).

Les artistes asiatiques n’ont pas vraiment eu d’écho chez nous, à quelques exceptions près. La roue tourne en ce qui concerne l’art contemporain mais les artistes d’autrefois ne sont absolument pas connus chez nous, ce qui peut s’avérer délicieux quand vous entrez par exemple dans la National Gallery à Singapour. Sans attente précise, certaines oeuvrent captent l’attention de manière inattendue.
Voici ‘ Lotus dans la Brise’ par Georgette Chen. 1970

Chinoise d’origine mais qui s’est installée à Singapour, elle a vogué entre New York et Paris , distillant ainsi dans son oeuvre des éléments empruntés à l’occident et à l’orient. Le fond de nuages très impressionniste sert de cadre à une bande de lotus titillés par le vent. Le végétal précisément décortiqué par un dessin habile presque chirurgical semble tenir tête au flou vaporeux du fond dans un méli-mélo ‘j’emprunte à l’aquarelle et à l’huile ce qui me plaît ‘. Comme si la Chine en avant-plan (un sujet on ne peut plus oriental : le lotus) se fond dans le flou artistique occidental impressionniste du fond d’écran. Georgette dit elle-même que pour capturer la lumière dans sa peinture ‘depuis dix jours, le matin commençait pour moi à 7 heures et se terminait à 18 heures. Sous mon ombrelle, je me régalais de la délicatesse de ces beautés blanches et roses’.

La peinture abstraite n’offre pas le même confort d’un commun accord dans l’explication. On a beau regarder… l’interprétation change et ne correspond pas forcément à ce que l’artiste a voulu exprimer. C’est comme ça et c’est tant mieux. Si certains (anciens) ont désespérément besoin du figuratif (je veux représenter une chaise, donc je peins une chaise, point final et je me me contrefiche de l’imagination-implication de l’observateur), d’autres vous laissent un libre choix d’interprétation.
Voici donc ‘un après-midi sombre’ de Goh Ben Kwang en 1963.

Cet étudiant indonésien en art travaillait à New york à l’époque. Regardez bien l’oeuvre. Que voyez-vous ? Une tension dramatique entre la forme et le coup de brosse énergique et expressif ? Un tourment en noir et rouge ? La rencontre entre l’expressionnisme occidental et le pinceau chinois ? Jeanne Mas qui tente de faire un come back en ‘rouge et noir’ après s’être fait virer de la tournée ‘âge tendre et têtes de bois’ ?

tic, tac… tic tac… tic tac…

Ça veut dire quoi ce machin rouge et noir ?

… allez réfléchissez… 1963….. tic tac tic tac…

22 novembre 1963 à Dallas…. tic tac tic tac…

Eh oui.. l’assassinat de Kennedy…. L’artiste voit comme tout le monde la scène ‘surréaliste’ en noir et blanc à la télé … rentre chez lui et peint cette toile l’après-midi même…

Qu’est- ce qu’on dit ? Merci Francis.. euh non Kennedy… enfin non, Jeanne Mas…. je dis n’importe quoi là…



3 commentaires

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