Un jour, une oeuvre : Vagues à Matsushima

UN JOUR, UNE OEUVRE : VAGUES À MATSHUSHIMA


Profitons de notre quiétude pour prendre le temps. Analyse d’une oeuvre peinte, construite ou sculptée…

Au Japon, certains lieux comme le Mont Fuji font l’objet d’un pèlerinage et sont divinisés pour leur beauté naturelle. Matsushima, dans la région du Tôhôku, est une baie constellée de centaines d’îlots couverts de pins, pointes émergées d’une ancienne vallée recouverte par la mer au fil des millénaires. Visitée depuis des siècles, elle a a fait l’objet d’interprétations peintes par un groupe d’artistes entre le 17ème et 19ème siècles, les Rinpa, créateurs du mouvement des arts décoratifs au Japon.

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Tawaraya Sôtatsu est le chef de file de cette école au 17ème siècle. Il peint ici le sujet sur une paire paravents.

Le sujet est simple : quelques îlots rocheux et une plage sablonneuse plantée de pins. Les vagues prennent une rare importance, tracées en lavis d’or et d’argent, l’écume rehaussée d’un apprêt blanc qui lui donne de l’épaisseur au point de sortir de la composition. Superbe mouvement perpétuel de ces vagues agitées qui se brisent sur les rochers en aplats bleus, verts et bruns. On peut suivre le mouvement du peintre par la direction qu’il donne aux stries certainement réalisées à partir d’un pinceau à multiples extrémités. Mais Sôtatsu simplifie complètement les formes du dessin, équilibrées par des masses colorées. Avec une poignée d’éléments il obtient une tension dramatique extraordinaire. 

Le point de vue est subjectif, légèrement surélevé et de profil alors que les tourbillons dévalent à la manière d’une cascade comme pour accentuer la tension. Cet imbroglio de points de vue et de sens fait penser à une série de collages, comme si l’on avait mis bout à bout des morceaux peints séparément. Confusion mais qui nous donne de multiples lectures d’après le détail qui nous happe dans la composition. Et quel contraste entre le bouillonnement bruyant et la quiétude plate de la barre de sable. Et entre les deux, un gros nuage menaçant, présent et transparent à la fois. Tout ceci apporte une forme de récession spatiale et de profondeur.

Les deux caractéristiques de l’école Rimpa sont là : dynamisme et puissance décorative qui s’autorise des abstractions pures comme cette plage de sable doré. Seule marque de profondeur : extrémité de l’écume qui cache en partie le feuillage. 

Dans la version qu’en a faite Ôgata Kôrin au siècle suivant, les vagues sont encore plus présentes comme si elles avaient passé leur après-midi chez le coiffeur par la manière de les lisser à l’aide d’un peigne. Une danse frénétique qui n’est pas si désordonnée qu’il y paraît.

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Sur ce dernier exemple peint et laqué, sans doute issu de l’atelier de Kôrin, c’est l’île sommée d’un pin tortueux qui attire l’attention comme s’il surgissait du fond de l’océan. Les vagues restent impressionnantes mais moins agressives comme gentiment peignées. La manière stylisée de traiter les vagues et les lignes maîtresses très simplifiées dut rocher rappelle les techniques utilisées pour les objets laqués où le ciseau n’a pas la même fluidité que le pinceau du peintre et doit s’en tenir à des mouvements moins détaillés. 

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26 commentaires

  1. En te lisant j’ai découvert ces peintures avec un œil que j’ignorais vraiment ! Merci pour cette belle leçon sur les œuvres Japonaise.
    Bonne journée à vous deux

  2. Magnifique ,j’aime particulièrement l’avant dernière peinture (Ôgata Kôrin )elle trouverait bien une place chez moi………………..Bonne journée

  3. De plantes en jardins, de pays lointains en merveilles artistiques, merci Francis de nous faire voyager et découvrir tant de Beauté.
    B. Vos

  4. Bouffée de beauté et d
    ‘évasion onirique. Merci pour ça dans cette période si particulière que nous traversons. Je les attends et les espère ces bouffées…

  5. Magnifiques peintures. J’aime les couleurs et en même temps la force et la délicatesse des traits. Merci de m’ouvrir l’horizon, Francis

  6. La première (et seule) photo au début de cette publication m’a fait penser à une forêt bonsaï dans une coupelle d’eau… c’est du moins à quoi elle m’a fait penser.

    Les explications des oeuvres sont très intéressantes.

    Merci.

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