Un nouveau jardin pour les portes ouvertes (4)

UN NOUVEAU JARDIN POUR LES PORTES OUVERTES (4)

La prochaine porte ouverte a lieu le samedi 19 juin toute la journée (envoyez un mail pour réserver).

J’en profite pour aborder l’avant-dernière partie de l’aménagement de notre nouvel espace bien-être, et non des moindres, l’abri où se poser et regarder.

Je pense que la chose la plus difficile à appréhender quand on réalise quelque chose, et qui peut faire peur, c’est imaginer le résultat final alors que le point de départ n’est pas très fantasmant.

Ainsi… comment passer de cet abri interchangeable à un espace personnalisé et engageant ? CLIQUEZ sur l’image pour visualiser la transformation expliquée plus bas.

Cette fois encore, le Japon est notre inspiration mais pas notre modèle absolu. Copier servilement mène trop souvent à l’anachronisme. Vous savez… un jardin japonais visible depuis une fenêtre du château de Versailles… Vous voyez ce que je veux dire ?

  1. TARASHIKOMI

Nous avons tout de même sélectionné quelque chose qui ne fasse pas trop cabane de bûcheron ou maison de Heidi dans les alpages. Il fallait absolument de grandes baies vitrées permettant une large vision depuis l’intérieur ou le seuil.

Mais le bois de pin n’est pas trop à notre goût. Cette couleur claire s’impose un peu trop dans le paysage. Less is more… On oublie trop souvent la couleur noire dans ce cas. C’est sûr… un noir corbeau uniforme et imperméable durcit le ton. Au Japon, les artistes ont utilisé dans leur peinture classique le procédé du tarashikomi. Il s’agit d’appliquer une seconde couche d’encre sur une première qui n’est pas tout à fait sèche pour donner une illusion de profondeur.

Sans trop entrer dans les détails, sur cette peinture du célèbre Ôgata Kôrin, vous pouvez voir comment la succession de deux couches de vert apporte une récession spatiale au paravent.

Mais comment l’appliquer sur un abri de jardin ? Non pas avec de la peinture acrylique mais… de la lasure noire. Deux couches passées successivement ET RAPIDEMENT sans laisser de temps de séchage apportent de la profondeur. Il s’agit de tirer parti du pin pour équilibrer un noir sinon trop intransigeant.

CLIQUEZ sur l’image pour voir la courte vidéo.

Voilà l’abri non traité…

… et le travail terminé en accord avec la clôture expliquée dans l’article précédent.

Pour assouplir les contours de l’abri et son allure austère, nous avons ajouté un long bambou rond qui court tout au long du sommet et de fins bambous qui soulignent le dessin des baies vitrées.

L’intérieur de base n’est pas très inspirant.

Nous avons donc décidé de cacher les cloisons intérieures par deux revêtements complémentaires bois et minéral collés sur les murs au préalable couverts de plaques de gyproc pour éviter que la contraction du bois chaud/froid ne provoque un décollement de la matière.

Le premier mur est couvert de blocs de teck, des déchets réunis sur un grillage et que l’on colle sur la paroi.

Le second mur est couvert de la même manière mais avec cette fois de déchets minéraux de couleur gris-bleu.

Comment donner une patine et une certaine noblesse à des planches et poutres de pin ? Là encore nous utilisons une lasure en deux couches mais de couleur brou de noix cette fois. Effet garanti.

2. Mono no aware

On pourrait traduire ce terme par ‘la nature fuyante des choses’ qui apporte un sentiment de mélancolie mais sans réelle tristesse. ‘C’est comme çà ‘….

Vous connaissez le goût des Japonais pour la floraison des cerisiers et, de manière plus générale, pour les fleurs éphémères qui rappellent notre nature transitoire. Guy a trouvé par un hasard on ne peut mieux orienté, une large planche de cerisier dans une scierie locale. Une occasion inespérée pour la transformer en banquette. La couleur légèrement rose de ce bois est sublime. Il a fallu (vous comprendrez la fois prochaine) y réaliser une découpe arrondie mais….

… rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Les bouddhistes japonais appellent cela…

3. Mitate

.. ou comment donner une seconde vie aux choses. Plutôt que jeter la partie supprimée de la planche, elle devient un élément de décor au mur où l’on accrochera plus tard un chabana (soliflore).

4. Wabi sabi

Ou simplicité… rusticité. Cette patine qui donne aux choses une réalité sans âge. On aurait pu scier la planche en ligne droite. Non seulement elle est sinueuse mais les imperfections et l’écorce ont été gardées.


5. Naka bashira

Dans un pavillon de thé japonais il est un élément primordial mais déroutant pour l’observateur occidental : le naka bashira (visible sur la photo à gauche). Il s’agit d’une poutre qui, en contraste absolu avec les autres parfaitement équarries, prend une allure de tronc biscornu que la main de l’homme a jugé bon laissé intact de toute manipulation.

Hommage à la beauté de la nature née dans le ‘hasard’ et que l’invité sensible apprécie. Le soutien de la planche de cerisier, même s’il ne resemble pas à l’authentique naka bashira d’un pavillon, est ici un hommage similaire.

Vous l’aurez compris, ces éléments ont été très librement empruntés à l’esthétique du thé.

cliquez sur le lien pour voir la vidéo complète que j’ai tournée pour le site facebook de ‘Jardins & Loisirs’

https://www.facebook.com/JardinsEtLoisirs/videos/327535888785701

ET LA SUITE ????????

Ce sera pour la fois prochaine….

14 commentaires

  1. Superbe et le petit film de Francis montre bien le travail que vous avez effectué dans cet abri que vous avez su mettre à votre goût.

  2. Très intéressantes explications. On voit aussi de jolis détails : superbe vase rond, le pare vue à l’extérieur, en bambou (et mousse ?). Bon dimanche.

  3. Merci! Votre travail est remarquable et l’intégration parfaite .La patine du temps et la nature feront le reste. Superbe écrin pour détente et méditation .Beau dimanche à vous.

  4. Superbe Francis et Guy !
    Quel travail !
    Quelle recherche dans l’esthétique !

    Encore un tout grand merci pour votre accueil samedi dernier et votre disponibilité
    C’est très agréable de se promener dans votre jardin, d’admirer à notre aise vos magnifiques plantations et au détour d’un chemin il y a toujours moyen de vous trouver pour papoter un peu.
    A très bientôt
    Josiane

  5. Un grand bravo pour ces magnifiques transformations. Très belle visite la semaine dernière. Nous avons fort apprécié les explications au détour de l’un ou l’autre parterre. Mille merci.
    Didier et Martine vdh

  6. j’ai admiré cet endroit exceptionnel la semaine dernière, et les explications le rendent encore plus beau ! quel raffinement ! merci pour tout ça

  7. Magnifique en effet. J’ai hâte de pouvoir découvrir un jour cet espace et ce jardin que je ne connais que via les livres, auvio, fb et ce site, de vous revoir tous les deux « en vrai »… et de croiser Hermes au detour d’un chemin.
    Petite question : Guy lasure ! Guy colle ! Guy va à la scierie ! Et Francis dans tout cela ? 😉

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